LETTRE AU PERE
DE FRANZ KAFKA
J’ai lu la Lettre au père il y a plus de dix ans, et j’ai reçu ce texte en pleine figure. Depuis, il est resté dans mes pensées comme une mélodie lancinante qu’on ne peut s’empêcher d’entendre de loin en loin. Kafka a écrit cette lettre au moment où il projetait de se marier avec Julie Wohryzeck, à l’âge de 36 ans. Cinquante pages, qu’il a remises à sa mère, pour qu’elle les transmette au père. Comme on pouvait s’y attendre, la mère n’a pas transmis la lettre, et le père de Kafka ne l’a donc jamais lue.
Ce texte, Kafka l’a écrit à un moment-charnière de sa vie. Avant de franchir le pas du mariage, il sent le besoin de faire le bilan de ses peurs, de ses terreurs d’enfant, et d’inventer un autre mode de relation avec son père. Le projet paraît simple, mais c’est évidemment un piège qu’il se tend à lui-même, et c’est ce qui fait la force de ce texte. C’est aussi bien une déclaration d’amour, un appel au secours, une volonté d’apaisement, qu’une déclaration de guerre, un long et terrible réquisitoire. (...)
Si ce texte nous touche autant, c’est sans doute qu’il dépasse de loin l’ordre du privé, et qu’il touche et ébranle nos structures profondes. C’est un texte sur la survie mentale de l’individu, sur sa constuction vitale.
Jean-Yves Ruf
Mise en scène : Jean-Yves Ruf / Scénographie : Laure Pichat / Son : Jean-Damien Ratel
Lumière : Christian Dubet / avec : Jean-Quentin Chatelain
Production : Compagnie des Petites Heures, Théâtre Vidy-Lausanne
Création : Mi-janvier 2012
Mardi 27 et mercredi 28 mars / 20h30 / Tarif C